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  • Entretien avec Charlie Bauer.

    Entretien avec Charlie Bauer.

    Entretien avec Charlie Bauer enregistré lors de sa résidence au Collectif 12 pour le spectacle « c’est ainsi que nous vivions » quelques récits de la Kolyma d’après l’œuvre de Varlam Chalamov dans une mise en scène d’Ariel Cypel.

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    Charlie Bauer est mort le 7 aout  2011;

     

     

    Charlie Bauer, les mains qui tremblent

    09 août 2011 Par Dominique Conil
    © DR

    Il attendait Porte d’Orléans, dans une voiture louée. Je l’ai reconnu, évidemment, la coupe de cheveux, la frange sombre, la moustache. D’abord on a roulé presque en silence, pas de musique à bord. On ne se connaissait pas, en fait. Et pour cause, Charlie Bauer venait de passer 25 ans en prison.

    On ne se connaissait pas mais j’avais appris qu’il avait l’intention de se rendre à un procès, à Colmar, où l’on jugeait les mutins d’Ensisheim. Il comptait des amis parmi ces prisonniers longues peines en révolte, il était libéré depuis peu, on disait que tout ça serait « sous haute tension ». Et si je me souvenais bien de son visage – ces articles, les QHS, Bauer toujours en prison, pendant des années – la police le connaissait encore mieux ; pas plus mal de voyager avec une journaliste.

    Charlie n’avait rien écrit, encore, il n’était pas devenu « bon client » de la télévision, ni conseiller technique au cinéma, il disait – et dira toujours- qu’il était un communiste. Hâbleur et chaleureux sur la route grise qui filait vers l’Est.

    Avant qu’avec le temps il ne retouche sa propre histoire, il racontait que, lui fils de militants juifs, communistes et résistants, gamin de l’Estaque à Marseille, avait commencé voyou. Voyou partageux, certes, mais c’est en prison qu’il avait commencé à réfléchir. On lui avait donné du temps, pour cela : dès 1962 , vingt ans de réclusion pour de simples vols. Forte tête, se battant pour les droits les plus élémentaires des détenus – étudier, entre autres – il se retrouve en QHS ( Quartiers de haute sécurité) . Libéré en 1977, il retombe en 1979, après avoir, entre autres, croisé le chemin de Mesrine.

    Et soudain, sur la route de l’Est, un contrôle de police. Ordinaire, une voiture sur douze, rangez-vous, papiers. Nous y avons eu droit, bien sûr. Lorsque nous sommes repartis, un long silence. Sur le volant, ses mains tremblaient et tremblaient. Ca racontait 25 ans de prison.

    A Colmar, on avait déployé le grand jeu pour les mutins. On faisait passer les accusés entre deux haies de chiens aboyants, qui tiraient sur les laisses. Presque tous étaient jeunes, avec visages marqués : mitard maximum. Les hauts murs, les uniformes et les bottes, dix mètres plus loinles potées de géranium aux fenêtres, les colombages. Un type a reconnu Charlie – un ex de prison lui a dit qu’il devrait laisser tomber, c’était chaud, il allait se retrouver en garde à vue, valait mieux pas.

    © DR

    Il a seulement répondu qu’il avait promis d’être là. Et à l’intérieur, où les mutins entêtés profitaient de cette dernière trouée avant réincarcération pour lire un beau texte sur la nuit pénitentiaire, ses mains ont tremblé. Mais le lendemain, au moment du jugement, il a levé le poing.

    La nuit, dans l’hôtel très géranium , il a commencé à raconter la prison – pas la prison héroïque de combat, celle où tous les matons sont bas du plafond et tous les détenus des rebelles, en tout cas pas seulement, le jour après jour qui détruit, la dépossession, la disparition intérieure. Sans doute était-ce un entrechoc, les amis mutinés et jugés, le contrôle de police, le fait que nous ne nous connaissions pas « en vrai ». Lorsqu’il a dit qu’il faudrait peut-être dormir un peu, il était l’heure de retourner au procès, et nous y sommes allés, après cinq cafés. Comme si nous étions entrés dans le temps prison.

    Le succès de Fractures d’une vie, initialement publié au Seuil, réédité par Argone, les plateaux télé en série, les interviews, il est difficile de résister à cette attention là. Difficile, ensuite, de s’en passer tout à fait. Petit à petit, Charlie Bauer est devenu militant communiste dès six ans, compagnon du FLN plutôt que voyou, et la dernière fois que je l’ai aperçu à la télévision, avec regards ironiques du Grand journal, Mesrine était presque son adjoint, et avec inquiétude, je me suis dit qu’il allait finir par ressembler à Gérard Lanvin[1].

    Oui, mais… Et le mais est plus important. Présent dans les comités de soutien, quitte à les fatiguer des fois, mais là, toujours. Tournant dans les collèges, les lycées, les salles culturelles, pas forcément compris , mais là. En des lieux disgraciés que des tas de gens bien ne visitent jamais. Lisant, partout où il pouvait, La Kolyma de Varlam Chalamov, essence du sujet. Se réaffirmant combattant, révolutionnaire, sans se soucier d’avoir l’air anachronique : on lui pardonne alors la construction de légende car sans doute lui était-elle nécessaire. Il touchait ( je l’apprends en lisant un article de Libération) 134 euros de retraite mensuelle : je ne savais même pas que ça existait, 134 euros de retraite. Y-a t’il dégrèvement pour prise en charge carcérale ?

    Dimanche à Montargis pendant trois quart d’heure les pompiers ont essayé de faire repartir son cœur. En vain.

    De cet homme, il me reste les mains qui tremblent au dessus du volant et du pantalon velours milleraies, la crispation de son visage en voyant un gendarme tordre un bras pour aller plus vite, son embarras face aux jugés – être celui du dehors alors qu’il est encore celui du dedans – son désir d’exister et dire, lui qui avait été si jeune un numéro d’écrou, exaltation souvent, mode de survie.

    La route de l’Est, et la carte Michelin déployée , c’est où ? Les bonbons disposés sur les oreillers de l’hôtel qu’on a dévorés à cinq heures du matin ( C’est du cassis, moi j’ai orange, ouais, au QHS , alors…) en cet instant où il était libéré de la taule, pas encore prisonnier du dehors. Le papier peint était orangé, cette couleur sans doute zen qu’on retrouve dans les couloirs modernisés des prisons. Comme bien d’autres, j’aimerais pouvoir soupirer encore que c’est n’importe quoi, Charlie.

    Les livres:

    Fractures d’une vie, Seuil, puis Argone, 458 pages, 18 €.

    Le redresseur de clous, Cherche-Midi , 334 pages, 19 €

  • Entretien avec le comédien /metteur en scène Rhabia Mroué.

    Entretien avec le comédien /metteur en scène Rhabia Mroué.

    Un entretien avec le comédien/ metteur en scène libanais Rabhia Mroué à Beyrouth, réalisé par Sylvie Gasteau dans le cadre de notre projet « L’inouîe ». Il commence par y lire un de ses textes.

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    Biographie succincte Rhabia Mroué (source Evene)

    Après avoir étudié le théâtre à l’université libanaise de Beyrouth, Rhabia Mroué met en scène ses propres pièces à partir de 1990. Ses dispositifs scéniques se situent au confluent de la performance et du théâtre, sont souvent en prise directe avec la réalité économique et politique de son pays, évoquent ses meurtrissures et ses guerres fratricides, et prennent souvent l’apparence de quasi-documentaires mêlant fiction et réalité.

    Ainsi, dans ‘Make me Stop Smocking‘, vidéos, photos, coupures de journaux et témoignages créent un système complexe de narration grâce auquel l’artiste tente de recomposer les paysages libanais détruits lors des conflits et des guerres. Un autre des grands thèmes communs à tous ses travaux est la manière dont on peut représenter le corps au théâtre.

    Parmi ses créations, qu’il présente en Europe, à Beyrouth, Tunis, Amman ou au,Caire figurent ‘L’ Abat-jour‘ (1990), ‘La Prison de sable‘ (1995), ‘Three Posters‘ (2000), ou encore ‘Biokhraphia‘ (2002 et 2008) et ‘L’ Homme d’hier‘ (2008), en collaboration avec Tiogo Rodrigues et Tony Chakar. En tant qu’acteur, Rabih Mroué a joué au cinéma dans ‘Beyrouth fantôme‘ (1998) de Ghassan Salhab, ‘A Perfect Day‘ (2005) ou ‘Je veux voir‘ de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (2007) entre autres…

     

  • Entretien avec le comédien Nar Sene

    Entretien avec le comédien Nar Sene

    Entretien réalisé par Sylvie Gasteau dans le cadre de notre projet  » l’inouïe ». Le cinéma comme fil, la forêt en toile de fond et des saveurs de la langue française par une voix sénégalaise.

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    Nar Sene par le photographe Julien Girardot

    Filmographie Acteur

    1966 La Noire de… de Ousmane Sembene

    1974 Cannabis de Momar Thiam

    1974 Le bracelet de bronze de Tidiane Aw

    1974 L’option de Thierno Faty Sow

    1984 j’ai rencontré le père Noëlde Christian Gion

    1988 NE RÉVEILLEZ PAS UN FLIC QUI DORT de José Pinheiro

    1989 JOYEUX NOËL, BONNE ANNÉE de Luigi Comencini

    1993 LES BRAQUEUSES de Jean-Paul Salomé

    1994 Elisa de Jean Becker

    2001 Le Prix du pardonde Mansour Sora Wade

    2001 LES FILLES, PERSONNE S’EN Méfie de Charlotte Silvera

     

    Filmographie Scénariste

    2001 Le Prix du pardon de Mansour Sora Wade