Catégorie : CREATIONS

  • —-« STALINGRAD »—- —-d’Eric da Silva—- Emballage Théâtre. Troisième mouvement

    —-« STALINGRAD »—- —-d’Eric da Silva—- Emballage Théâtre. Troisième mouvement

    Texte et mise en scène Eric Da Silva

    Avec Xavier Tchili , Eric da Silva , Frédéric Fachéna ,  M’Bembo , Véronique Prune

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    Création sonore et vidéo: Stéphane Gombert

    Création lumières : Julia Grand

    CDN de Gennevilliers, La gare mondiale à Bergerac, le TNT-Manufacture de Chaussures à Bordeaux
    Cruautés ordinaires. Par Bruno Tackels/ Revue Mouvement


    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    « Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal ». En 1994, quand l’Emballage Théâtre commence à déployer le projet scellé dans cette phrase intrigante, La Misère du Monde fait rage. Prêts à l’emploi, les témoignages percutants recueillis par Bourdieu et son équipe envahissent les scènes. Bien souvent sans aucune distance théâtrale, la misère s’expose brut de décoffrage et contribue à construire le discours déculpabilisant « la culture vecteur de lutte contre la fracture sociale ». C’est le moment où Gabily répond rageusement avec ses Gibiers du temps. Même posture de défiance de la part de l’Emballage Théâtre : justement parce qu’il doit prendre en charge la misère du monde, le théâtre ne peut capituler en s’interdisant de faire son travail de mise en fiction. Eric Da Silva (d)écrit donc la misère dans tous ses états, localisée dans le quartier parisien des crackés de Stalingrad : deal, prostitution, petites trahisons, shoot, infanticides, coucheries, tromperies, descentes, délires et destructions programmées. Tout part d’une famille très ordinaire qui s’expose sur le grand parquet d’un bal qui tourne triste, une famille qui s’enfonce dans les petites sauvageries du quotidien, où sourdent secrètement les dérives les plus follement meurtrières. Pas de drame, pas d’affect dans ces dialogues très construits, parfaitement maîtrisés, où chaque déraillement semble parfaitement étudié par ceux qui les vivent. Des scènes très simples qui n’illustrent jamais des images pourtant très typées dans l’imaginaire collectif, sauvées par un monde forain et son cortège d’accessoires, de masques et d’objets de pacotilles. Un monde où l’on ne juge pas, sans morale aucune, parfaitement idiot, sans l’ombre d’un relent tchekhovien. Une parfaite machine à broyer, portée par des acteurs pleins de leur chair, ludiques et batailleurs, qui évitent tous les pièges du réalisme, nombreux, qui menacent ce type de scènes.

    Comme des fourmis qu’on écartèle
    Et l’on repense à la Demande en Mariage, où la lunette grossit le trait de l’ordinaire jusqu’au monstrueux. Ici le gore devient roi, l’obscène et le mauvais goût à vue, comme la clé qui éclaire toutes les scènes précédentes. Pas de morale. Maintenant le plateau de bois ressemble à un grenier. Le grenier où les enfants jouent à construire un royaume, loin de la surveillance et de la loi des hommes. Ils sont essentiellement trois. Le frère, la sœur et l’autre, l’étranger, l’amant. Ils jouent ensemble toutes les compositions que le désir rend possibles. Ils n’excluent rien, n’ont peur d’aucune vérité et passent à l’acte aussi tranquillement qu’on écartèle une fourmi, excités par des gesticulations de pattes à moitié découpées. C’est d’ailleurs ce qu’ils font dans la vraie vie, celle des adultes. Ils découpent des hommes.
    Le frère découpe son propre amant, pendant que celui-ci lui dit son amour pour lui. Ce geste ultime enclenche un mouvement de paroles inédites, un flux continu qui donne voix et corps à la monstruosité enfouie, si ordinaire. C’est d’ailleurs du sol, du plateau de bois, que surgissent diaboliquement des centaines de situations inouïes, au sens littéral de ce mot. Comme si les mots eux-mêmes levaient des trappes et faisaient apparaître, concrètement, la situation évoquée, chaises, table, ascenseur, cheval, armure, épée, lit ou cercueil. Plus ils parlent, plus la scène livre ses secrets, comme un coffre magique capable de toutes les métamorphoses. Ce qui trouble, dans ce monde d’horreurs sans limite, c’est la douceur qui s’en dégage, la tendresse qui se noue, et se dénoue. Les corps qui (se) racontent sont libres, comme dégagés de tout code, suspendus hors la loi.
    Avec la Demande en mariage, c’est la Noce chez les petits bourgeois de Brecht, mais à l’envers. Ici, on ne cache rien, tout sort, tout se montre, et du coup la violence se trouve désamorcée, lavée de toute haine et de tout mépris. Ou comment retrouver les bienfaits aristotéliciens de la catharsis. Eric Da Silva signe là un spectacle puissant, gorgé d’une écriture charnelle, qu’on aimerait voir plus souvent versée sur les scènes.

    L’histoire de l’Emballage Théâtre est édifiante. Après dix années de théâtre flamboyant et largement plébiscité dans les années quatre-vingt (on se souvient d’instants mémorables, avec Tombeau pour 500 000 soldats, ou Trölius et Cressida de Shakespeare), Éric Da Silva et ses compagnons de route prennent un tournant décisif. L’expérimentation de la scène passe dorénavant par la nécessité de sa propre écriture théâtrale. Les soutiens s’espacent, la presse se tait, la subvention disparaît. Dix ans plus tard, c’est la renaissance. Un petit miracle qui tient au soutien fidèle de quelques indéfectibles. L’équipe du Melchior Théâtre, basé à la « Gare Mondiale » de Bergerac, le T.N.T. à Bordeaux, dirigé par Éric Chevance, où l’Emballage sort d’une résidence fructueuse qui accouche de Stalingrad, et Bernard Sobel, fidèle parmi les fidèles, qui avait déjà accueilli le premier spectacle en 1984 dans le cadre de « Scènes Libres ». Deux jours avant de boucler sa saison 2001-2002, l’inclassable directeur du Centre Dramatique de Gennevilliers propose à l’Emballage de remonter sur le pont théâtral, et leur trouve in extremis un créneau de dix jours en bout de saison pour présenter la Demande en mariage, l’une des dix facettes d’une œuvre au long cours qu’Éric Da Silva façonne depuis ces années de silence, avec pour titre générique cette phrase qui sonne comme un viatique : Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal. Et comme il a de la suite dans les idées, Sobel les accueille à nouveau en ce mois d’avril, pour les cinq nouvelles parties créées à Bordeaux (Stalingrad), et reprises certains jours en intégrale avec la Demande en mariage. Six heures de spectacle pour un voyage encore inachevé. On attend que d’autres lieux ouvrent leurs portes pour les quatre dernières parties du « déiptique », et que l’Emballage retrouve une subvention largement méritée.

    BRÈVE / NOTICE
    Cruautés ordinaires
    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.
    Eric DA SILVA

    source : Les éditions du mouvement // date de publication : 01/03/2004 // 6536 signes

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    Cruautés ordinaires. Par Bruno Tackels
    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    « Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal ». En 1994, quand l’Emballage Théâtre commence à déployer le projet scellé dans cette phrase intrigante, La Misère du Monde fait rage. Prêts à l’emploi, les témoignages percutants recueillis par Bourdieu et son équipe envahissent les scènes. Bien souvent sans aucune distance théâtrale, la misère s’expose brut de décoffrage et contribue à construire le discours déculpabilisant « la culture vecteur de lutte contre la fracture sociale ». C’est le moment où Gabily répond rageusement avec ses Gibiers du temps. Même posture de défiance de la part de l’Emballage Théâtre : justement parce qu’il doit prendre en charge la misère du monde, le théâtre ne peut capituler en s’interdisant de faire son travail de mise en fiction. Eric Da Silva (d)écrit donc la misère dans tous ses états, localisée dans le quartier parisien des crackés de Stalingrad : deal, prostitution, petites trahisons, shoot, infanticides, coucheries, tromperies, descentes, délires et destructions programmées. Tout part d’une famille très ordinaire qui s’expose sur le grand parquet d’un bal qui tourne triste, une famille qui s’enfonce dans les petites sauvageries du quotidien, où sourdent secrètement les dérives les plus follement meurtrières. Pas de drame, pas d’affect dans ces dialogues très construits, parfaitement maîtrisés, où chaque déraillement semble parfaitement étudié par ceux qui les vivent. Des scènes très simples qui n’illustrent jamais des images pourtant très typées dans l’imaginaire collectif, sauvées par un monde forain et son cortège d’accessoires, de masques et d’objets de pacotilles. Un monde où l’on ne juge pas, sans morale aucune, parfaitement idiot, sans l’ombre d’un relent tchekhovien. Une parfaite machine à broyer, portée par des acteurs pleins de leur chair, ludiques et batailleurs, qui évitent tous les pièges du réalisme, nombreux, qui menacent ce type de scènes.

    Comme des fourmis qu’on écartèle
    Et l’on repense à la Demande en Mariage, où la lunette grossit le trait de l’ordinaire jusqu’au monstrueux. Ici le gore devient roi, l’obscène et le mauvais goût à vue, comme la clé qui éclaire toutes les scènes précédentes. Pas de morale. Maintenant le plateau de bois ressemble à un grenier. Le grenier où les enfants jouent à construire un royaume, loin de la surveillance et de la loi des hommes. Ils sont essentiellement trois. Le frère, la sœur et l’autre, l’étranger, l’amant. Ils jouent ensemble toutes les compositions que le désir rend possibles. Ils n’excluent rien, n’ont peur d’aucune vérité et passent à l’acte aussi tranquillement qu’on écartèle une fourmi, excités par des gesticulations de pattes à moitié découpées. C’est d’ailleurs ce qu’ils font dans la vraie vie, celle des adultes. Ils découpent des hommes.
    Le frère découpe son propre amant, pendant que celui-ci lui dit son amour pour lui. Ce geste ultime enclenche un mouvement de paroles inédites, un flux continu qui donne voix et corps à la monstruosité enfouie, si ordinaire. C’est d’ailleurs du sol, du plateau de bois, que surgissent diaboliquement des centaines de situations inouïes, au sens littéral de ce mot. Comme si les mots eux-mêmes levaient des trappes et faisaient apparaître, concrètement, la situation évoquée, chaises, table, ascenseur, cheval, armure, épée, lit ou cercueil. Plus ils parlent, plus la scène livre ses secrets, comme un coffre magique capable de toutes les métamorphoses. Ce qui trouble, dans ce monde d’horreurs sans limite, c’est la douceur qui s’en dégage, la tendresse qui se noue, et se dénoue. Les corps qui (se) racontent sont libres, comme dégagés de tout code, suspendus hors la loi.
    Avec la Demande en mariage, c’est la Noce chez les petits bourgeois de Brecht, mais à l’envers. Ici, on ne cache rien, tout sort, tout se montre, et du coup la violence se trouve désamorcée, lavée de toute haine et de tout mépris. Ou comment retrouver les bienfaits aristotéliciens de la catharsis. Eric Da Silva signe là un spectacle puissant, gorgé d’une écriture charnelle, qu’on aimerait voir plus souvent versée sur les scènes.

    L’histoire de l’Emballage Théâtre est édifiante. Après dix années de théâtre flamboyant et largement plébiscité dans les années quatre-vingt (on se souvient d’instants mémorables, avec Tombeau pour 500 000 soldats, ou Trölius et Cressida de Shakespeare), Éric Da Silva et ses compagnons de route prennent un tournant décisif. L’expérimentation de la scène passe dorénavant par la nécessité de sa propre écriture théâtrale. Les soutiens s’espacent, la presse se tait, la subvention disparaît. Dix ans plus tard, c’est la renaissance. Un petit miracle qui tient au soutien fidèle de quelques indéfectibles. L’équipe du Melchior Théâtre, basé à la « Gare Mondiale » de Bergerac, le T.N.T. à Bordeaux, dirigé par Éric Chevance, où l’Emballage sort d’une résidence fructueuse qui accouche de Stalingrad, et Bernard Sobel, fidèle parmi les fidèles, qui avait déjà accueilli le premier spectacle en 1984 dans le cadre de « Scènes Libres ». Deux jours avant de boucler sa saison 2001-2002, l’inclassable directeur du Centre Dramatique de Gennevilliers propose à l’Emballage de remonter sur le pont théâtral, et leur trouve in extremis un créneau de dix jours en bout de saison pour présenter la Demande en mariage, l’une des dix facettes d’une œuvre au long cours qu’Éric Da Silva façonne depuis ces années de silence, avec pour titre générique cette phrase qui sonne comme un viatique : Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal. Et comme il a de la suite dans les idées, Sobel les accueille à nouveau en ce mois d’avril, pour les cinq nouvelles parties créées à Bordeaux (Stalingrad), et reprises certains jours en intégrale avec la Demande en mariage. Six heures de spectacle pour un voyage encore inachevé. On attend que d’autres lieux ouvrent leurs portes pour les quatre dernières parties du « déiptique », et que l’Emballage retrouve une subvention largement méritée.
    BRÈVE / NOTICE
    Cruautés ordinaires
    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.
    Eric DA SILVA

    source : Les éditions du mouvement // date de publication : 01/03/2004 // 6536 signes

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    Cruautés ordinaires. Par Bruno Tackels
    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    « Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal ». En 1994, quand l’Emballage Théâtre commence à déployer le projet scellé dans cette phrase intrigante, La Misère du Monde fait rage. Prêts à l’emploi, les témoignages percutants recueillis par Bourdieu et son équipe envahissent les scènes. Bien souvent sans aucune distance théâtrale, la misère s’expose brut de décoffrage et contribue à construire le discours déculpabilisant « la culture vecteur de lutte contre la fracture sociale ». C’est le moment où Gabily répond rageusement avec ses Gibiers du temps. Même posture de défiance de la part de l’Emballage Théâtre : justement parce qu’il doit prendre en charge la misère du monde, le théâtre ne peut capituler en s’interdisant de faire son travail de mise en fiction. Eric Da Silva (d)écrit donc la misère dans tous ses états, localisée dans le quartier parisien des crackés de Stalingrad : deal, prostitution, petites trahisons, shoot, infanticides, coucheries, tromperies, descentes, délires et destructions programmées. Tout part d’une famille très ordinaire qui s’expose sur le grand parquet d’un bal qui tourne triste, une famille qui s’enfonce dans les petites sauvageries du quotidien, où sourdent secrètement les dérives les plus follement meurtrières. Pas de drame, pas d’affect dans ces dialogues très construits, parfaitement maîtrisés, où chaque déraillement semble parfaitement étudié par ceux qui les vivent. Des scènes très simples qui n’illustrent jamais des images pourtant très typées dans l’imaginaire collectif, sauvées par un monde forain et son cortège d’accessoires, de masques et d’objets de pacotilles. Un monde où l’on ne juge pas, sans morale aucune, parfaitement idiot, sans l’ombre d’un relent tchekhovien. Une parfaite machine à broyer, portée par des acteurs pleins de leur chair, ludiques et batailleurs, qui évitent tous les pièges du réalisme, nombreux, qui menacent ce type de scènes.

    Comme des fourmis qu’on écartèle
    Et l’on repense à la Demande en Mariage, où la lunette grossit le trait de l’ordinaire jusqu’au monstrueux. Ici le gore devient roi, l’obscène et le mauvais goût à vue, comme la clé qui éclaire toutes les scènes précédentes. Pas de morale. Maintenant le plateau de bois ressemble à un grenier. Le grenier où les enfants jouent à construire un royaume, loin de la surveillance et de la loi des hommes. Ils sont essentiellement trois. Le frère, la sœur et l’autre, l’étranger, l’amant. Ils jouent ensemble toutes les compositions que le désir rend possibles. Ils n’excluent rien, n’ont peur d’aucune vérité et passent à l’acte aussi tranquillement qu’on écartèle une fourmi, excités par des gesticulations de pattes à moitié découpées. C’est d’ailleurs ce qu’ils font dans la vraie vie, celle des adultes. Ils découpent des hommes.
    Le frère découpe son propre amant, pendant que celui-ci lui dit son amour pour lui. Ce geste ultime enclenche un mouvement de paroles inédites, un flux continu qui donne voix et corps à la monstruosité enfouie, si ordinaire. C’est d’ailleurs du sol, du plateau de bois, que surgissent diaboliquement des centaines de situations inouïes, au sens littéral de ce mot. Comme si les mots eux-mêmes levaient des trappes et faisaient apparaître, concrètement, la situation évoquée, chaises, table, ascenseur, cheval, armure, épée, lit ou cercueil. Plus ils parlent, plus la scène livre ses secrets, comme un coffre magique capable de toutes les métamorphoses. Ce qui trouble, dans ce monde d’horreurs sans limite, c’est la douceur qui s’en dégage, la tendresse qui se noue, et se dénoue. Les corps qui (se) racontent sont libres, comme dégagés de tout code, suspendus hors la loi.
    Avec la Demande en mariage, c’est la Noce chez les petits bourgeois de Brecht, mais à l’envers. Ici, on ne cache rien, tout sort, tout se montre, et du coup la violence se trouve désamorcée, lavée de toute haine et de tout mépris. Ou comment retrouver les bienfaits aristotéliciens de la catharsis. Eric Da Silva signe là un spectacle puissant, gorgé d’une écriture charnelle, qu’on aimerait voir plus souvent versée sur les scènes.

    L’histoire de l’Emballage Théâtre est édifiante. Après dix années de théâtre flamboyant et largement plébiscité dans les années quatre-vingt (on se souvient d’instants mémorables, avec Tombeau pour 500 000 soldats, ou Trölius et Cressida de Shakespeare), Éric Da Silva et ses compagnons de route prennent un tournant décisif. L’expérimentation de la scène passe dorénavant par la nécessité de sa propre écriture théâtrale. Les soutiens s’espacent, la presse se tait, la subvention disparaît. Dix ans plus tard, c’est la renaissance. Un petit miracle qui tient au soutien fidèle de quelques indéfectibles. L’équipe du Melchior Théâtre, basé à la « Gare Mondiale » de Bergerac, le T.N.T. à Bordeaux, dirigé par Éric Chevance, où l’Emballage sort d’une résidence fructueuse qui accouche de Stalingrad, et Bernard Sobel, fidèle parmi les fidèles, qui avait déjà accueilli le premier spectacle en 1984 dans le cadre de « Scènes Libres ». Deux jours avant de boucler sa saison 2001-2002, l’inclassable directeur du Centre Dramatique de Gennevilliers propose à l’Emballage de remonter sur le pont théâtral, et leur trouve in extremis un créneau de dix jours en bout de saison pour présenter la Demande en mariage, l’une des dix facettes d’une œuvre au long cours qu’Éric Da Silva façonne depuis ces années de silence, avec pour titre générique cette phrase qui sonne comme un viatique : Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal. Et comme il a de la suite dans les idées, Sobel les accueille à nouveau en ce mois d’avril, pour les cinq nouvelles parties créées à Bordeaux (Stalingrad), et reprises certains jours en intégrale avec la Demande en mariage. Six heures de spectacle pour un voyage encore inachevé. On attend que d’autres lieux ouvrent leurs portes pour les quatre dernières parties du « déiptique », et que l’Emballage retrouve une subvention largement méritée.

    Bruno Tackels
    source : Les éditions du mouvement // date de publication : 01/03/2004 /
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    La chronique théâtrale de Jean-Pierre Léonardini L’humanité

    On s’emballe pour l’Emballage

    Avec Stalingrad, Eric Da Silva et sa bande de l’Emballage Théâtre (Frédéric Fachéna, Véronique Prune, Mbembo, Tchili) frappent un grand coup (1). Cela fait diptyque avec la Demande en mariage, jouée en alternance, dont nous avions souligné, lors de sa création en 2002, la force de conviction et la forme insolite. Stalingrad, c’est l’histoire d’une bataille, certes, mais pas celle des livres d’histoire, celle qui se livre non loin du métro du même nom, dans une poche de ressac de ce quartier de Paris où clapote la Misère du monde. Si Eric Da Silva admet le parrainage du livre de Bourdieu, il ne procède pas en sociologue. Il agit en poète, au fil d’une écriture sous la dictée de la pulsion, avec un instinct sûr, ardent, au fil d’une coulée verbale âpre, gorgée de sève, en une langue crue. Du sirop de la rue transvasé sur la scène, sans souci d’ordre littéraire habituel. Ce n’est pas du beau langage. C’est heurté, plébéien, farouche, avec des fusées lyriques au-dessus d’un monde de merde. Il est question d’une fratrie, de la figure envahissante d’une mère, de drogue, d’un flic, d’une fille par tous désirée et partagée. Ce n’est pas une pièce  » bien faite « . On s’en tape, à la fin, des pièces bien faites. Ce qui compte, avec Da Silva et les siens, c’est la vision d’un monde avec tous les moyens du corps, la voix aussi bien, ses modulations, ses raucités, ses cris, calqués sur un texte haletant, propice par ses enjambements à un élan proche d’une danse brute, sexuée sans afféterie. Da Silva, en  » bleu  » de la police, en athlète travesti en femme, donne le la d’une interprétation sans cesse décalée, au cours de laquelle les figures en jeu parlent d’elles-mêmes à la troisième personne, à la fois personnages et didascalies. Cela crée une distance d’un genre nouveau, un type de jeu autre. Dieu sait pourtant que nous sommes rompus aux expérimentations. Moins, ces temps-ci, il est vrai, de repli, de traditions fausses. Da Silva relance la donne d’une recherche qui ne serait pas du jus de cerveau mais collerait au plus près, hors naturalisme, pour sûr, de l’existence de ceux pour qui le théâtre, par essence, ne peut que rester lettre morte. Du coup, aucune commisération, rien de caritatif, pas de pitié. Une vitalité pas tout à fait désespérée – pour trafiquer une expression de Pasolini – habite la longue scène installée suivant un dispositif bifrontal, sur laquelle tout fait théâtre de façon surprenante, à l’aide d’accessoires pauvres manipulés par des mains ironiques, lesquelles pourtant ne singent pas l’intelligence mais travaillent simplement, en bonnes ouvrières du sens. Ce parcours sensible sur la misère est d’abord physique, jamais moral. On le sent néanmoins fraternel, de plain-pied avec les sujets envisagés. Cela semble parfois étiré, broussailleux, en panne de litote puis, en un éclair, ça rebondit en d’exaltantes volte-face. La dernière partie de la représentation, par exemple, qui a trait au sida en rapport avec la drogue, emporte le morceau avec un éclat souverain. Eric Da Silva dit :  » Je veux bien mourir si tout continue : je veux bien arrêter de faire du théâtre si le théâtre continue.  » Qui dit mieux que ce desperado magnifique ?

    • Le plateau comme un ring

    La Demande en mariage (reprise) et Stalingrad sont tirées d’une composition en dix parties regroupées sous le titre Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal, dont l’ambition générale est de porter notre attention, c’est à dire nos mains sur la misère, la violence et la rage qui agitent notre société.

    • Dépasser le dégoût de l’homme

    Au départ de ce travail, il y a la lecture de La misère du monde de Bourdieu. Cette autopsie de la société, de l’état du monde, m’a donné envie d’écrire des histoires qui mettaient en situation des personnages différents, soit complètement imaginaires, soit en me basant sur des choses que j’avais lues ou dont j’avais entendu parlé.

    C’est le cas de La demande en mariage dont j’ai rencontré les personnages, qui sont réels, dans une fiction cinématographique, Henry, portrait d’un serial killer, de John McNaughton. Les personnages de Stalingrad, eux, sont imaginaires. L’action se passe dans le quartier de la place Stalingrad à Paris, dans cet espace adossé au canal de l’Ourcq et au pont qui enjambe la place. J’ai imaginé des situations et des personnages liés à tous les trafics qui s’opèrent dans ce lieu-là, les rapports avec la drogue et avec la police, dans ce lieu-là.

    Mais pour que les personnes de La misère du monde deviennent des personnages de théâtre, encore faut-il que le travail de fiction s’effectue, que le travail d’enquête spécifique des artistes se fasse. S’il n’y a pas de forme, rien ne peut exister. Le corps des acteurs ne peut s’appuyer sur rien.

    Le théâtre que je veux faire n’est pas un théâtre d’intellectuel. C’est un théâtre qui cherche l’endroit où la parole étouffe, où le corps est empêché d’agir. Si le théâtre contemporain a tant de mal à exister, je crois que c’est à cause de quelque chose de persistant dans la société, de plus en plus, qui est le dégoût de l’homme. Moi, je veux faire du théâtre avec ce dégoût de l’homme, faire un théâtre qui vive avec cette chose dégoûtante, dont on a honte.

    Le soir de la première de La demande en mariage – nous ignorions que les modèles de la fiction étaient morts en 2000, l’un du cancer, l’autre du sida – nous nous sommes dit que du fond de leur prison, là-bas, ils avaient peut-être senti quelque chose. Parce que nous avions eu l’impression d’avoir été capables de les affronter, d’avoir pu leur taper sur l’épaule, leur faire la grimace et leur dire : « Ce n’est pas que nous vous comprenions, mais nous avons dépassé notre dégoût, vous ne nous faites plus peur, vous ne nous étouffez plus, vous ne nous empêchez plus de vivre. Vous voilà rangés dans le bestiaire des personnages de théâtre. Nous allons pouvoir vivre avec vous et nous serons peut-être capables de ne plus avoir honte de nous-mêmes, de ne plus fabriquer de la honte. »

    Entretenir un rapport de voisinage avec des personnages pareils, sur un long temps de travail, c’est difficile parce que ça oblige à expulser de soi énormément de mauvaise conscience, de remord, de culpabilité. Mais c’est aussi une sorte d’exercice de la liberté qui, le théâtre en est une preuve, est à conquérir en permanence.

    Eric Da Silva, 17 décembre 2003
    d’après un entretien avec Michèle Raoul-Davis

  • —-« STALINGRAD »—- —-d’Eric da Silva—-  Emballage Thèâtre. quatrième mouvement

    —-« STALINGRAD »—- —-d’Eric da Silva—- Emballage Thèâtre. quatrième mouvement

    Texte et mise en scène Eric Da Silva

    Avec Xavier Tchili , Eric da Silva , Frédéric Fachéna ,  M’Bembo , Véronique Prune

    Création sonore et vidéo: Stéphane Gombert

    Création lumières : Julia Grand

    CDN de Gennevilliers, La gare mondiale à Bergerac, le TNT-Manufacture de Chaussures à Bordeaux

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    Cruautés ordinaires. Par Bruno Tackels/ Revue Mouvement


    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    « Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal ». En 1994, quand l’Emballage Théâtre commence à déployer le projet scellé dans cette phrase intrigante, La Misère du Monde fait rage. Prêts à l’emploi, les témoignages percutants recueillis par Bourdieu et son équipe envahissent les scènes. Bien souvent sans aucune distance théâtrale, la misère s’expose brut de décoffrage et contribue à construire le discours déculpabilisant « la culture vecteur de lutte contre la fracture sociale ». C’est le moment où Gabily répond rageusement avec ses Gibiers du temps. Même posture de défiance de la part de l’Emballage Théâtre : justement parce qu’il doit prendre en charge la misère du monde, le théâtre ne peut capituler en s’interdisant de faire son travail de mise en fiction. Eric Da Silva (d)écrit donc la misère dans tous ses états, localisée dans le quartier parisien des crackés de Stalingrad : deal, prostitution, petites trahisons, shoot, infanticides, coucheries, tromperies, descentes, délires et destructions programmées. Tout part d’une famille très ordinaire qui s’expose sur le grand parquet d’un bal qui tourne triste, une famille qui s’enfonce dans les petites sauvageries du quotidien, où sourdent secrètement les dérives les plus follement meurtrières. Pas de drame, pas d’affect dans ces dialogues très construits, parfaitement maîtrisés, où chaque déraillement semble parfaitement étudié par ceux qui les vivent. Des scènes très simples qui n’illustrent jamais des images pourtant très typées dans l’imaginaire collectif, sauvées par un monde forain et son cortège d’accessoires, de masques et d’objets de pacotilles. Un monde où l’on ne juge pas, sans morale aucune, parfaitement idiot, sans l’ombre d’un relent tchekhovien. Une parfaite machine à broyer, portée par des acteurs pleins de leur chair, ludiques et batailleurs, qui évitent tous les pièges du réalisme, nombreux, qui menacent ce type de scènes.

    Comme des fourmis qu’on écartèle
    Et l’on repense à la Demande en Mariage, où la lunette grossit le trait de l’ordinaire jusqu’au monstrueux. Ici le gore devient roi, l’obscène et le mauvais goût à vue, comme la clé qui éclaire toutes les scènes précédentes. Pas de morale. Maintenant le plateau de bois ressemble à un grenier. Le grenier où les enfants jouent à construire un royaume, loin de la surveillance et de la loi des hommes. Ils sont essentiellement trois. Le frère, la sœur et l’autre, l’étranger, l’amant. Ils jouent ensemble toutes les compositions que le désir rend possibles. Ils n’excluent rien, n’ont peur d’aucune vérité et passent à l’acte aussi tranquillement qu’on écartèle une fourmi, excités par des gesticulations de pattes à moitié découpées. C’est d’ailleurs ce qu’ils font dans la vraie vie, celle des adultes. Ils découpent des hommes.
    Le frère découpe son propre amant, pendant que celui-ci lui dit son amour pour lui. Ce geste ultime enclenche un mouvement de paroles inédites, un flux continu qui donne voix et corps à la monstruosité enfouie, si ordinaire. C’est d’ailleurs du sol, du plateau de bois, que surgissent diaboliquement des centaines de situations inouïes, au sens littéral de ce mot. Comme si les mots eux-mêmes levaient des trappes et faisaient apparaître, concrètement, la situation évoquée, chaises, table, ascenseur, cheval, armure, épée, lit ou cercueil. Plus ils parlent, plus la scène livre ses secrets, comme un coffre magique capable de toutes les métamorphoses. Ce qui trouble, dans ce monde d’horreurs sans limite, c’est la douceur qui s’en dégage, la tendresse qui se noue, et se dénoue. Les corps qui (se) racontent sont libres, comme dégagés de tout code, suspendus hors la loi.
    Avec la Demande en mariage, c’est la Noce chez les petits bourgeois de Brecht, mais à l’envers. Ici, on ne cache rien, tout sort, tout se montre, et du coup la violence se trouve désamorcée, lavée de toute haine et de tout mépris. Ou comment retrouver les bienfaits aristotéliciens de la catharsis. Eric Da Silva signe là un spectacle puissant, gorgé d’une écriture charnelle, qu’on aimerait voir plus souvent versée sur les scènes.

    L’histoire de l’Emballage Théâtre est édifiante. Après dix années de théâtre flamboyant et largement plébiscité dans les années quatre-vingt (on se souvient d’instants mémorables, avec Tombeau pour 500 000 soldats, ou Trölius et Cressida de Shakespeare), Éric Da Silva et ses compagnons de route prennent un tournant décisif. L’expérimentation de la scène passe dorénavant par la nécessité de sa propre écriture théâtrale. Les soutiens s’espacent, la presse se tait, la subvention disparaît. Dix ans plus tard, c’est la renaissance. Un petit miracle qui tient au soutien fidèle de quelques indéfectibles. L’équipe du Melchior Théâtre, basé à la « Gare Mondiale » de Bergerac, le T.N.T. à Bordeaux, dirigé par Éric Chevance, où l’Emballage sort d’une résidence fructueuse qui accouche de Stalingrad, et Bernard Sobel, fidèle parmi les fidèles, qui avait déjà accueilli le premier spectacle en 1984 dans le cadre de « Scènes Libres ». Deux jours avant de boucler sa saison 2001-2002, l’inclassable directeur du Centre Dramatique de Gennevilliers propose à l’Emballage de remonter sur le pont théâtral, et leur trouve in extremis un créneau de dix jours en bout de saison pour présenter la Demande en mariage, l’une des dix facettes d’une œuvre au long cours qu’Éric Da Silva façonne depuis ces années de silence, avec pour titre générique cette phrase qui sonne comme un viatique : Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal. Et comme il a de la suite dans les idées, Sobel les accueille à nouveau en ce mois d’avril, pour les cinq nouvelles parties créées à Bordeaux (Stalingrad), et reprises certains jours en intégrale avec la Demande en mariage. Six heures de spectacle pour un voyage encore inachevé. On attend que d’autres lieux ouvrent leurs portes pour les quatre dernières parties du « déiptique », et que l’Emballage retrouve une subvention largement méritée.

    BRÈVE / NOTICE
    Cruautés ordinaires
    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.
    Eric DA SILVA

    source : Les éditions du mouvement // date de publication : 01/03/2004 // 6536 signes

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    Cruautés ordinaires. Par Bruno Tackels
    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    « Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal ». En 1994, quand l’Emballage Théâtre commence à déployer le projet scellé dans cette phrase intrigante, La Misère du Monde fait rage. Prêts à l’emploi, les témoignages percutants recueillis par Bourdieu et son équipe envahissent les scènes. Bien souvent sans aucune distance théâtrale, la misère s’expose brut de décoffrage et contribue à construire le discours déculpabilisant « la culture vecteur de lutte contre la fracture sociale ». C’est le moment où Gabily répond rageusement avec ses Gibiers du temps. Même posture de défiance de la part de l’Emballage Théâtre : justement parce qu’il doit prendre en charge la misère du monde, le théâtre ne peut capituler en s’interdisant de faire son travail de mise en fiction. Eric Da Silva (d)écrit donc la misère dans tous ses états, localisée dans le quartier parisien des crackés de Stalingrad : deal, prostitution, petites trahisons, shoot, infanticides, coucheries, tromperies, descentes, délires et destructions programmées. Tout part d’une famille très ordinaire qui s’expose sur le grand parquet d’un bal qui tourne triste, une famille qui s’enfonce dans les petites sauvageries du quotidien, où sourdent secrètement les dérives les plus follement meurtrières. Pas de drame, pas d’affect dans ces dialogues très construits, parfaitement maîtrisés, où chaque déraillement semble parfaitement étudié par ceux qui les vivent. Des scènes très simples qui n’illustrent jamais des images pourtant très typées dans l’imaginaire collectif, sauvées par un monde forain et son cortège d’accessoires, de masques et d’objets de pacotilles. Un monde où l’on ne juge pas, sans morale aucune, parfaitement idiot, sans l’ombre d’un relent tchekhovien. Une parfaite machine à broyer, portée par des acteurs pleins de leur chair, ludiques et batailleurs, qui évitent tous les pièges du réalisme, nombreux, qui menacent ce type de scènes.

    Comme des fourmis qu’on écartèle
    Et l’on repense à la Demande en Mariage, où la lunette grossit le trait de l’ordinaire jusqu’au monstrueux. Ici le gore devient roi, l’obscène et le mauvais goût à vue, comme la clé qui éclaire toutes les scènes précédentes. Pas de morale. Maintenant le plateau de bois ressemble à un grenier. Le grenier où les enfants jouent à construire un royaume, loin de la surveillance et de la loi des hommes. Ils sont essentiellement trois. Le frère, la sœur et l’autre, l’étranger, l’amant. Ils jouent ensemble toutes les compositions que le désir rend possibles. Ils n’excluent rien, n’ont peur d’aucune vérité et passent à l’acte aussi tranquillement qu’on écartèle une fourmi, excités par des gesticulations de pattes à moitié découpées. C’est d’ailleurs ce qu’ils font dans la vraie vie, celle des adultes. Ils découpent des hommes.
    Le frère découpe son propre amant, pendant que celui-ci lui dit son amour pour lui. Ce geste ultime enclenche un mouvement de paroles inédites, un flux continu qui donne voix et corps à la monstruosité enfouie, si ordinaire. C’est d’ailleurs du sol, du plateau de bois, que surgissent diaboliquement des centaines de situations inouïes, au sens littéral de ce mot. Comme si les mots eux-mêmes levaient des trappes et faisaient apparaître, concrètement, la situation évoquée, chaises, table, ascenseur, cheval, armure, épée, lit ou cercueil. Plus ils parlent, plus la scène livre ses secrets, comme un coffre magique capable de toutes les métamorphoses. Ce qui trouble, dans ce monde d’horreurs sans limite, c’est la douceur qui s’en dégage, la tendresse qui se noue, et se dénoue. Les corps qui (se) racontent sont libres, comme dégagés de tout code, suspendus hors la loi.
    Avec la Demande en mariage, c’est la Noce chez les petits bourgeois de Brecht, mais à l’envers. Ici, on ne cache rien, tout sort, tout se montre, et du coup la violence se trouve désamorcée, lavée de toute haine et de tout mépris. Ou comment retrouver les bienfaits aristotéliciens de la catharsis. Eric Da Silva signe là un spectacle puissant, gorgé d’une écriture charnelle, qu’on aimerait voir plus souvent versée sur les scènes.

    L’histoire de l’Emballage Théâtre est édifiante. Après dix années de théâtre flamboyant et largement plébiscité dans les années quatre-vingt (on se souvient d’instants mémorables, avec Tombeau pour 500 000 soldats, ou Trölius et Cressida de Shakespeare), Éric Da Silva et ses compagnons de route prennent un tournant décisif. L’expérimentation de la scène passe dorénavant par la nécessité de sa propre écriture théâtrale. Les soutiens s’espacent, la presse se tait, la subvention disparaît. Dix ans plus tard, c’est la renaissance. Un petit miracle qui tient au soutien fidèle de quelques indéfectibles. L’équipe du Melchior Théâtre, basé à la « Gare Mondiale » de Bergerac, le T.N.T. à Bordeaux, dirigé par Éric Chevance, où l’Emballage sort d’une résidence fructueuse qui accouche de Stalingrad, et Bernard Sobel, fidèle parmi les fidèles, qui avait déjà accueilli le premier spectacle en 1984 dans le cadre de « Scènes Libres ». Deux jours avant de boucler sa saison 2001-2002, l’inclassable directeur du Centre Dramatique de Gennevilliers propose à l’Emballage de remonter sur le pont théâtral, et leur trouve in extremis un créneau de dix jours en bout de saison pour présenter la Demande en mariage, l’une des dix facettes d’une œuvre au long cours qu’Éric Da Silva façonne depuis ces années de silence, avec pour titre générique cette phrase qui sonne comme un viatique : Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal. Et comme il a de la suite dans les idées, Sobel les accueille à nouveau en ce mois d’avril, pour les cinq nouvelles parties créées à Bordeaux (Stalingrad), et reprises certains jours en intégrale avec la Demande en mariage. Six heures de spectacle pour un voyage encore inachevé. On attend que d’autres lieux ouvrent leurs portes pour les quatre dernières parties du « déiptique », et que l’Emballage retrouve une subvention largement méritée.
    BRÈVE / NOTICE
    Cruautés ordinaires
    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.
    Eric DA SILVA

    source : Les éditions du mouvement // date de publication : 01/03/2004 // 6536 signes

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    Cruautés ordinaires. Par Bruno Tackels
    Après dix ans de silence, l’Emballage Théâtre revient sur les plateaux.

    Des petites misères quotidiennes au monstrueux gore, la violence qui s’exprime dans la langue et sur la scène de l’auteur et metteur en scène Eric Da Silva réactive les vertus de la catharsis.

    « Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal ». En 1994, quand l’Emballage Théâtre commence à déployer le projet scellé dans cette phrase intrigante, La Misère du Monde fait rage. Prêts à l’emploi, les témoignages percutants recueillis par Bourdieu et son équipe envahissent les scènes. Bien souvent sans aucune distance théâtrale, la misère s’expose brut de décoffrage et contribue à construire le discours déculpabilisant « la culture vecteur de lutte contre la fracture sociale ». C’est le moment où Gabily répond rageusement avec ses Gibiers du temps. Même posture de défiance de la part de l’Emballage Théâtre : justement parce qu’il doit prendre en charge la misère du monde, le théâtre ne peut capituler en s’interdisant de faire son travail de mise en fiction. Eric Da Silva (d)écrit donc la misère dans tous ses états, localisée dans le quartier parisien des crackés de Stalingrad : deal, prostitution, petites trahisons, shoot, infanticides, coucheries, tromperies, descentes, délires et destructions programmées. Tout part d’une famille très ordinaire qui s’expose sur le grand parquet d’un bal qui tourne triste, une famille qui s’enfonce dans les petites sauvageries du quotidien, où sourdent secrètement les dérives les plus follement meurtrières. Pas de drame, pas d’affect dans ces dialogues très construits, parfaitement maîtrisés, où chaque déraillement semble parfaitement étudié par ceux qui les vivent. Des scènes très simples qui n’illustrent jamais des images pourtant très typées dans l’imaginaire collectif, sauvées par un monde forain et son cortège d’accessoires, de masques et d’objets de pacotilles. Un monde où l’on ne juge pas, sans morale aucune, parfaitement idiot, sans l’ombre d’un relent tchekhovien. Une parfaite machine à broyer, portée par des acteurs pleins de leur chair, ludiques et batailleurs, qui évitent tous les pièges du réalisme, nombreux, qui menacent ce type de scènes.

    Comme des fourmis qu’on écartèle
    Et l’on repense à la Demande en Mariage, où la lunette grossit le trait de l’ordinaire jusqu’au monstrueux. Ici le gore devient roi, l’obscène et le mauvais goût à vue, comme la clé qui éclaire toutes les scènes précédentes. Pas de morale. Maintenant le plateau de bois ressemble à un grenier. Le grenier où les enfants jouent à construire un royaume, loin de la surveillance et de la loi des hommes. Ils sont essentiellement trois. Le frère, la sœur et l’autre, l’étranger, l’amant. Ils jouent ensemble toutes les compositions que le désir rend possibles. Ils n’excluent rien, n’ont peur d’aucune vérité et passent à l’acte aussi tranquillement qu’on écartèle une fourmi, excités par des gesticulations de pattes à moitié découpées. C’est d’ailleurs ce qu’ils font dans la vraie vie, celle des adultes. Ils découpent des hommes.
    Le frère découpe son propre amant, pendant que celui-ci lui dit son amour pour lui. Ce geste ultime enclenche un mouvement de paroles inédites, un flux continu qui donne voix et corps à la monstruosité enfouie, si ordinaire. C’est d’ailleurs du sol, du plateau de bois, que surgissent diaboliquement des centaines de situations inouïes, au sens littéral de ce mot. Comme si les mots eux-mêmes levaient des trappes et faisaient apparaître, concrètement, la situation évoquée, chaises, table, ascenseur, cheval, armure, épée, lit ou cercueil. Plus ils parlent, plus la scène livre ses secrets, comme un coffre magique capable de toutes les métamorphoses. Ce qui trouble, dans ce monde d’horreurs sans limite, c’est la douceur qui s’en dégage, la tendresse qui se noue, et se dénoue. Les corps qui (se) racontent sont libres, comme dégagés de tout code, suspendus hors la loi.
    Avec la Demande en mariage, c’est la Noce chez les petits bourgeois de Brecht, mais à l’envers. Ici, on ne cache rien, tout sort, tout se montre, et du coup la violence se trouve désamorcée, lavée de toute haine et de tout mépris. Ou comment retrouver les bienfaits aristotéliciens de la catharsis. Eric Da Silva signe là un spectacle puissant, gorgé d’une écriture charnelle, qu’on aimerait voir plus souvent versée sur les scènes.

    L’histoire de l’Emballage Théâtre est édifiante. Après dix années de théâtre flamboyant et largement plébiscité dans les années quatre-vingt (on se souvient d’instants mémorables, avec Tombeau pour 500 000 soldats, ou Trölius et Cressida de Shakespeare), Éric Da Silva et ses compagnons de route prennent un tournant décisif. L’expérimentation de la scène passe dorénavant par la nécessité de sa propre écriture théâtrale. Les soutiens s’espacent, la presse se tait, la subvention disparaît. Dix ans plus tard, c’est la renaissance. Un petit miracle qui tient au soutien fidèle de quelques indéfectibles. L’équipe du Melchior Théâtre, basé à la « Gare Mondiale » de Bergerac, le T.N.T. à Bordeaux, dirigé par Éric Chevance, où l’Emballage sort d’une résidence fructueuse qui accouche de Stalingrad, et Bernard Sobel, fidèle parmi les fidèles, qui avait déjà accueilli le premier spectacle en 1984 dans le cadre de « Scènes Libres ». Deux jours avant de boucler sa saison 2001-2002, l’inclassable directeur du Centre Dramatique de Gennevilliers propose à l’Emballage de remonter sur le pont théâtral, et leur trouve in extremis un créneau de dix jours en bout de saison pour présenter la Demande en mariage, l’une des dix facettes d’une œuvre au long cours qu’Éric Da Silva façonne depuis ces années de silence, avec pour titre générique cette phrase qui sonne comme un viatique : Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal. Et comme il a de la suite dans les idées, Sobel les accueille à nouveau en ce mois d’avril, pour les cinq nouvelles parties créées à Bordeaux (Stalingrad), et reprises certains jours en intégrale avec la Demande en mariage. Six heures de spectacle pour un voyage encore inachevé. On attend que d’autres lieux ouvrent leurs portes pour les quatre dernières parties du « déiptique », et que l’Emballage retrouve une subvention largement méritée.

    Bruno Tackels
    source : Les éditions du mouvement // date de publication : 01/03/2004 /
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    La chronique théâtrale de Jean-Pierre Léonardini L’humanité

    On s’emballe pour l’Emballage

    Avec Stalingrad, Eric Da Silva et sa bande de l’Emballage Théâtre (Frédéric Fachéna, Véronique Prune, Mbembo, Tchili) frappent un grand coup (1). Cela fait diptyque avec la Demande en mariage, jouée en alternance, dont nous avions souligné, lors de sa création en 2002, la force de conviction et la forme insolite. Stalingrad, c’est l’histoire d’une bataille, certes, mais pas celle des livres d’histoire, celle qui se livre non loin du métro du même nom, dans une poche de ressac de ce quartier de Paris où clapote la Misère du monde. Si Eric Da Silva admet le parrainage du livre de Bourdieu, il ne procède pas en sociologue. Il agit en poète, au fil d’une écriture sous la dictée de la pulsion, avec un instinct sûr, ardent, au fil d’une coulée verbale âpre, gorgée de sève, en une langue crue. Du sirop de la rue transvasé sur la scène, sans souci d’ordre littéraire habituel. Ce n’est pas du beau langage. C’est heurté, plébéien, farouche, avec des fusées lyriques au-dessus d’un monde de merde. Il est question d’une fratrie, de la figure envahissante d’une mère, de drogue, d’un flic, d’une fille par tous désirée et partagée. Ce n’est pas une pièce  » bien faite « . On s’en tape, à la fin, des pièces bien faites. Ce qui compte, avec Da Silva et les siens, c’est la vision d’un monde avec tous les moyens du corps, la voix aussi bien, ses modulations, ses raucités, ses cris, calqués sur un texte haletant, propice par ses enjambements à un élan proche d’une danse brute, sexuée sans afféterie. Da Silva, en  » bleu  » de la police, en athlète travesti en femme, donne le la d’une interprétation sans cesse décalée, au cours de laquelle les figures en jeu parlent d’elles-mêmes à la troisième personne, à la fois personnages et didascalies. Cela crée une distance d’un genre nouveau, un type de jeu autre. Dieu sait pourtant que nous sommes rompus aux expérimentations. Moins, ces temps-ci, il est vrai, de repli, de traditions fausses. Da Silva relance la donne d’une recherche qui ne serait pas du jus de cerveau mais collerait au plus près, hors naturalisme, pour sûr, de l’existence de ceux pour qui le théâtre, par essence, ne peut que rester lettre morte. Du coup, aucune commisération, rien de caritatif, pas de pitié. Une vitalité pas tout à fait désespérée – pour trafiquer une expression de Pasolini – habite la longue scène installée suivant un dispositif bifrontal, sur laquelle tout fait théâtre de façon surprenante, à l’aide d’accessoires pauvres manipulés par des mains ironiques, lesquelles pourtant ne singent pas l’intelligence mais travaillent simplement, en bonnes ouvrières du sens. Ce parcours sensible sur la misère est d’abord physique, jamais moral. On le sent néanmoins fraternel, de plain-pied avec les sujets envisagés. Cela semble parfois étiré, broussailleux, en panne de litote puis, en un éclair, ça rebondit en d’exaltantes volte-face. La dernière partie de la représentation, par exemple, qui a trait au sida en rapport avec la drogue, emporte le morceau avec un éclat souverain. Eric Da Silva dit :  » Je veux bien mourir si tout continue : je veux bien arrêter de faire du théâtre si le théâtre continue.  » Qui dit mieux que ce desperado magnifique ?

    • Le plateau comme un ring

    La Demande en mariage (reprise) et Stalingrad sont tirées d’une composition en dix parties regroupées sous le titre Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal, dont l’ambition générale est de porter notre attention, c’est à dire nos mains sur la misère, la violence et la rage qui agitent notre société.

    • Dépasser le dégoût de l’homme

    Au départ de ce travail, il y a la lecture de La misère du monde de Bourdieu. Cette autopsie de la société, de l’état du monde, m’a donné envie d’écrire des histoires qui mettaient en situation des personnages différents, soit complètement imaginaires, soit en me basant sur des choses que j’avais lues ou dont j’avais entendu parlé.

    C’est le cas de La demande en mariage dont j’ai rencontré les personnages, qui sont réels, dans une fiction cinématographique, Henry, portrait d’un serial killer, de John McNaughton. Les personnages de Stalingrad, eux, sont imaginaires. L’action se passe dans le quartier de la place Stalingrad à Paris, dans cet espace adossé au canal de l’Ourcq et au pont qui enjambe la place. J’ai imaginé des situations et des personnages liés à tous les trafics qui s’opèrent dans ce lieu-là, les rapports avec la drogue et avec la police, dans ce lieu-là.

    Mais pour que les personnes de La misère du monde deviennent des personnages de théâtre, encore faut-il que le travail de fiction s’effectue, que le travail d’enquête spécifique des artistes se fasse. S’il n’y a pas de forme, rien ne peut exister. Le corps des acteurs ne peut s’appuyer sur rien.

    Le théâtre que je veux faire n’est pas un théâtre d’intellectuel. C’est un théâtre qui cherche l’endroit où la parole étouffe, où le corps est empêché d’agir. Si le théâtre contemporain a tant de mal à exister, je crois que c’est à cause de quelque chose de persistant dans la société, de plus en plus, qui est le dégoût de l’homme. Moi, je veux faire du théâtre avec ce dégoût de l’homme, faire un théâtre qui vive avec cette chose dégoûtante, dont on a honte.

    Le soir de la première de La demande en mariage – nous ignorions que les modèles de la fiction étaient morts en 2000, l’un du cancer, l’autre du sida – nous nous sommes dit que du fond de leur prison, là-bas, ils avaient peut-être senti quelque chose. Parce que nous avions eu l’impression d’avoir été capables de les affronter, d’avoir pu leur taper sur l’épaule, leur faire la grimace et leur dire : « Ce n’est pas que nous vous comprenions, mais nous avons dépassé notre dégoût, vous ne nous faites plus peur, vous ne nous étouffez plus, vous ne nous empêchez plus de vivre. Vous voilà rangés dans le bestiaire des personnages de théâtre. Nous allons pouvoir vivre avec vous et nous serons peut-être capables de ne plus avoir honte de nous-mêmes, de ne plus fabriquer de la honte. »

    Entretenir un rapport de voisinage avec des personnages pareils, sur un long temps de travail, c’est difficile parce que ça oblige à expulser de soi énormément de mauvaise conscience, de remord, de culpabilité. Mais c’est aussi une sorte d’exercice de la liberté qui, le théâtre en est une preuve, est à conquérir en permanence.

    Eric Da Silva, 17 décembre 2003
    d’après un entretien avec Michèle Raoul-Davis

  • BERENICE de Racine Mise en scène Catherine Boskowitz / Collectif 12

    BERENICE de Racine Mise en scène Catherine Boskowitz / Collectif 12

    Montage sonore réalisé à partir d’extraits de la bande son du spectacle « Bérénice » de Racine

    composée pour la mise en scène de Catherine Boskowitz .

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    Titus, fils de Vespasien, aime Bérénice, reine de Palestine, et en est aimé. À la mort de son père, il s’apprête à devenir l’empereur du monde romain. Mais Rome, qui a chassé ses rois à jamais, ne saurait souffrir un sang royal à la tête de son empire. Titus doit donc choisir entre le pouvoir et l’amour. Comment quitter l’être qu’on aime et, surtout, comment le lui dire ? L’entremise d’Antiochus, roi de Comagène, ami fidèle de Titus, et amoureux transi de Bérénice, ne fera que retarder davantage l’implacable échéance, l’impossible aveu, l’acceptation définitive : « Je vous aime, mais je vous quitte. » Les personnages face à une situation dans laquelle ils rencontrent la vérité de leur désir, leur destin.

    Nanténé Traoré
    Bérénice, reine de Palestine
    Marcel Mankita
    Titus, empereur de Rome
    Philippe Chateau

    Antiochus, roi de Comagène
    Radhouane El Meddeb
    Les 3 rôles des confidents :
    Paulin, confident de Titus
    Phénice, confidente de Bérénice
    Arsace , confident

    Catherine Boskowitz Mise en scène

    Stéphane Gombert Création Son
    Francine Jacques Costumes
    Laurent VergnaudCréation Lumières


    Les premières représentations de Bérénice eurent lieu à Mantes la Jolie, au Collectif 12 en 2006.
    En 2007, le spectacle est parti en tournée en France.

  • Quelqu’un va danser   Chorégraphie de Radhouane El Meddeb Texte Camille de Toledo

    Quelqu’un va danser Chorégraphie de Radhouane El Meddeb Texte Camille de Toledo

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    Après avoir exploré dans mes deux premières créations  le corps  et l’émotion, le désir d’être avec la pièce Pour en finir avec MOI ; le corps et la spiritualité incarnée, les secrets de l’inconnu avec la seconde création Hûwà, Ce lui, j’ai souhaité questionner dans ce troisième solo mon rapport au corps et à la mémoire, la danse dans tous ses états. Je nourris mon travail de recherche des lectures de Genet, Proust et Pessoa, des peintures de Goya aux images des danseuses de Pina Bauch…

    La danse existe en moi depuis toujours.
    Le désir a suivi l’obsession de danser.
    Dans Quelqu’un va danser …, j’ai envie d’être dans une démonstration passionnelle de mon rapport au corps et à la danse, tout en puisant dans la vie réelle. Je veux affirmer mon rapport à la danse parce que c’est un domaine où tout peut advenir au même moment. L’émotion n’est pas statique, elle est déployée. Ce sera plus que jamais narcissique, mais je le défends car cela sera dans le partage. L’enjeu de cette pièce serait de ne pas m’arrêter de danser, d’être dans un état fiévreux, dans un rapport vertigineux au mouvement, jusqu’à la disparition. Car je fais ce métier pour disparaître.

    Je suis, j’existe.
    Regardez, je danse !

    Voici mon moi, ma voix, mon corps, mon reflet.
    Un monde commun, les rengaines, les sons qui nous accompagnent, moi je vis avec et je les tords, je les accompagne.
    Des « monstres » qui m’accompagnent et me ressemblent, je le sais.
    Ils se tordent aussi, sortent d’eux-mêmes pour mieux se montrer ou exister tout simplement.
    Danser le monstre en moi, ce qui est tendre et doux, ce qui se tord, rampe.
    Partir dans tous les sens, danser partout, n’importe où, faire violence pour dire le désordre dans une grande célébration, une fête au plus intime, tout en dehors, en explosion et pourtant seulement MOI.
    Comme un inventaire de souvenirs, accumulation d’époques et de styles.
    C’est MOI d’un bout à l’autre, habité par d’autres, défilant par morceau, par bribes.
    Regardez, je danse, je suis, j’existe…
    C’est moi passionnément, aveuglément, seul avec mon corps et poursuivi par mon ombre, mon reflet ou peut-être un autre.
    Comme un narcisse un peu effrayé par son image, partant de moi, c’est le monde qui apparaît au creux de ma conscience, dans les plis, un univers.
    Comme les visages chez Proust, retrouvés dans les creux de leurs rides et dans les fêlures de leur corps.
    Mes mots à moi sont mon corps, le mouvement, enragé, amusé, amoureux, haineux et généreux.
    En mouvement dans et par le mouvement.
    Homme, dans toute sa folie, sa quête d’élégance, sa complaisance et sa démesure, son contentement et son exposition.
    Désir de dépassement et d’invention… Traverser une autre intimité.
    Je me célèbre, je me danse, je me laisse aller.
    Je danse, Je m’émeus à disparaître.

    Intention

    After having explored in my the first two creations the body and the emotion, the desire of being in Pour en finir avec MOI ; the body and incarnated spirituality, the secrets of the unknown with the second creation Hûwà, Ce LUI, I wish to question in this third solo my relationship to the body and the memory, the dance in all its states. I nourish my researches with readings such as Genet, Proust and Pessoa, paintings from Goya or images of dancers from Pina Bauch…

    Dancing has always been in me.
    The desire has followed the obsession of dancing.
    In Quelq’un va danser…, I want to be in a passionate demonstration of my relationship to the body and the dance, while inspiring myself from the real life.
    I want to claim my relationship to dancing because it is a field where all can occur at the very same time. Emotion is not static, it is spread out. It will be more than ever narcissistic, but I am standing up for it because that will be also in the sharing. The stake of this piece would be to go into an endless dance, to be in a feverish state, a vertiginous relationship with the movement, until disappearance. Because I am doing this work in order to disappear.

    The funambulist
    “That your loneliness, paradoxically, is in full light, and the darkness made up of thousands of eyes which judge you, which fears and hopes for your fall, it does not matter: you will dance on and in a desert loneliness, the bandaged eyes, if you can it, the fastened eyelids. But nothing – nor especially applause or the laughter – will prevent only you dances for your image. You are an artist alas – you cannot refuse any more the monstrous chasm of your eyes. Does Narcisse dance? But it is of other thing that of coquettery, selfishness and self-love which it acts. If it were Death itself? Thus dance only. Pale, livid, anxious to like or displease with your image: however, it is your image which will dance for you. ”

    Jean Genet

    I am, I do exist.
    Look at me, I am dancing!

    Here it is, myself, my voice, my body, my reflection.

    A common world, the old tune, the sounds that accompany us, I live with them and I twist them, I accompany them.

    “Monsters” that accompany me and resemble me, I know it.
    They also twist, go outside of themselves in order to be show off, or just to exist.

    Dancing the monster in myself, the one that is tender and soft, that twists, slopes.

    Going in all directions, dancing everywhere, anywhere, creating violence in order to tell the disorder in a great celebration, a festival of the most intimate, all outwards, in explosion and yet only ME.

    Like an inventory of memories, accumulation of times and styles. It is ME from one end to another, inhabited by others, unwinding per piece, by bits.

    Look at me, I am dancing, I am, I exist…
    It is me passionately, blindly, alone with my body and chased by my shade, my reflection or perhaps an other one.

    Like a Narcisse, a little frightened by his own image, it is the world that appears within the hollow of my conscience, into the folds, a universe.

    Like Prouts faces, that are to be found in the hollows of their wrinkles and the cracks of their body.

    My own words are my body, the mad, amused, in love, heinous and generous movement.
    Moved in and by movement.

    A man, in all his madness, its quest for elegance, its complacenty and outrageousness, its contentment and its exhibition.
    Desire of going beyond and of invention… Crossing another intimacy.

    I am celebrating myself, I am dancing myself, I am letting myself go.
    I am dancing, I am mooved up to disappearance.

    Conception, chorégraphie et interprétation
    Radhouane El Meddeb

    Texte et narration
    Camille de Toledo

    Scénographie
    Annie Tolleter

    Lumières
    Xavier Lazarini

    Sonographie
    Stéphane Gombert

    Costumes
    Cidalia Da Costa

    Sous le regard de
    Mathilde Monnier, Héla Fattoumi

    Conseil chorégraphique
    Trisha Bauman

    Administration – diffusion
    Florence Kremper

    Production déléguée
    La Compagnie de Soi

    Coproduction
    Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis
    Centre chorégraphique national de Caen / Basse-Normandie
    Théâtre de l’Agora, Scène nationale d’Evry et de l’Essonne
    Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon
    Avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles d’Ile de France – Ministère de la culture et de la communication, de Culturesfrance/ Afrique et Caraïbes en créations et de l’association Beaumarchais.

    La compagnie est accueillie en résidence pour les répétitions, à l’Arcal dans le cadre de l’accueil-studio, au Théâtre de l’Agora, Scène nationale d’Evry et de l’Essonne, au Centre Chorégraphique national de Montpellier Languedoc Roussillon et au Centre chorégraphique national de Caen/Basse Normandie,

    Avec le partenariat du Centre National de la Danse – Pantin pour le prêt de studio.

    TOURNEE
    Tournée 2008 : Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis | Festival Danse d’ailleurs, Centre Chorégraphique National de Caen Basse-Normandie, France
    Tournée 2009 : Bipod (Beirut International Platform of Dance) | Festival Dansem 2009, Marseille | Théâtre d’Arles
    Tournée 2010 : Collectif 12, Mantes-la-Jolie | Festival C’est de la Danse Contemporaine, Théatre Sorano, Toulouse | Hors Saison 2010, La Ferme du Buisson, Noisiel | Festival VISU10, Dieppe Scène Nationale | Liteside festival 2010, Amsterdam
    Bilbao Antzerkia Dantza(BAD). XII Festival de Théâtre et de Danse Contemporaine
    Tournée 2011 : le Rayon Vert, Saint-Valery-en-Caux | teatro Vascello Romaeuropa Festival |
    teatro Vascello Romaeuropa Festival , Italie

  • BEAU COMME TOUT re-composition sonore d’après « Pierrot le Fou » de Jean Luc Godard

    BEAU COMME TOUT re-composition sonore d’après « Pierrot le Fou » de Jean Luc Godard

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  • ___CHANT D’AMOUR___ Mise en voix et en musique d’une traversée du premier roman de Jean Genet  » Notre dame des fleurs ».

    ___CHANT D’AMOUR___ Mise en voix et en musique d’une traversée du premier roman de Jean Genet  » Notre dame des fleurs ».

    Mise en voix et en musique d’une traversée du premier roman de Jean Genet  » Notre dame des fleurs ». A servi de base au spectacle « Chant d’amour » réalisé avec le danseur chorégraphe Radhouane El Meddeb . Le spectacle créé en décembre 2010 n’a pu tourner faute d’autorisation de l ‘ayant droit de Jean Genet.  Réalisation et voix Stéphane Gombert. A écouter ici… [soundcloud url= »http://api.soundcloud.com/tracks/52632044″ iframe= »true » /]

    Le premier roman de Jean Genet « NOTRE DAME DES FLEURS »  fut écrit en cellule sans volonté de publication est donc àl’origine non destinée à une oreille extérieure. On y rencontre une écriture de soi, pour soi, qui creuse l’intime sans les réserves mondaines de la pudeur. Dans ce texte qui laisse entendre une voix intérieure faite d’allers-retours entre l’enfermement, et les vagabondages du phantasme érotique, la compagnie de SOI découvre des correspondances avec ses propositions chorégraphiques épurées.

     Que devient un corps enfermé dans un espace clos ?

    Comment vit- il l’obligation d’être exposé au regard ( du maton ou du spectateur) ?

    Cela modifie t’il le rapport au temps ? À sa pensée ?

    A qui parle t’il ?

     Conception Radhouane El Meddeb et Stéphane Gombert

    interprétation Radhouane El Meddeb et Lucas Hanza Manganelli

    Voix, musique, et sonographie  Stéphane Gombert

    Scénographie Annie Tolleter

    Lumières : Maryse Gautier

    Production : La Compagnie de SOI – Coproduction : Collectif 12

    Avec le soutien à la résidence chorégraphique de la DRAC Ile de France

    Avec le soutien du Théâtre Babel à Beyrouth, et le Centre Culturel Français au Liban

    http://lacompagniedesoi.com/

     

  • Tunis, 14 janvier 2011… Bande son réalisée pour la performance du chorégraphe Radhouane El Meddeb.

    Tunis, 14 janvier 2011… Bande son réalisée pour la performance du chorégraphe Radhouane El Meddeb.

    Bande son réalisée pour la performance  » Tunis, 14 janvier 2011″ du chorégraphe Radhouane El Meddeb.

    A écouter ici…

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    Conception et interprétation Radhouane El Meddeb,

    sonographie Stéphane Gombert,

    remerciements Annie Tolleter

    Je n’ai pas pu être là. Je n’ai pas hurlé, pas eu peur. Je ne me suis pas révolté.
    J’ai été absent, loin. Devant la télé, avec mon ordinateur sur les genoux et mon portable à la main. Cette absence démange, marque, fait mal. Je m’en remettrais jamais.
    Pour la dignité, la liberté… Après des années de répression et de peur, le rêve est enfin réalisé,
    et je n’ai pas pu être là. Des sanglots d’amertume, des frissons. Une énorme frustration…

    Que me reste-t-il ? Des images, des voix et des slogans, vus et entendus à la télévision…
    Voix de la détresse et du courage. Voix de l’utopie… L’obsession a crée en moi ce désir de me mettre dans cette révolution, de prendre place dans cette révolution. Imaginer ma présence est devenu mon obsession. Entre euphorie, peur, doute, choc et excitation, mon corps a subit cela à distance. La voix de cette homme sorti la nuit de la libération me hante … Et ses mots provoquent encore en moi une grande émotion.
    Comment raisonne tout cela en moi ? Quelle présence et quel corps pour exprimer la révolution… Et le manque aussi a cette révolution… Comment mon corps aujourd’hui incarnera-t-il cet événement ?
    Radhouane El Meddeb

    « Tunis 14 janvier 2011 » est une performance créée pour le Meeting Point 6 au Beirut Art center en avril 2011. Présentée dans un espace inhabituel et architectural, Radhouane se plaît au genre performatif et reconsidère sa relation aux spectateurs.

    Meeting Point 6 est un événement international et pluridisciplinaires, dont la direction artistique est assurée par Okwui Enwezor.

    La programmation de Meeting Point 6 fut visible dans plusieurs villes du monde jusqu’en mars 2012.

    TOURNEE
    Tournée 2011 : Argos, Bruxelles | KVS, Bruxelles / wip la vilette/Festival Montpellier danse…

    http://lacompagniedesoi.com/

    http://www.meetingpoints.org/

  • ____ La composition comme explication ____ Gertrude Stein / le T.O.C

    ____ La composition comme explication ____ Gertrude Stein / le T.O.C

    — LA COMPOSITION COMME EXPLICATION —
    De Gertrude Stein / Adaptation Le T.O.C. / Mise en scène Mirabelle Rousseau / Son Stéphane Gombert / Voix: Estelle Lesage

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    Commencer recommencer sans cesse expliquer le temps et la composition sont des choses naturelles. Il est à présent acquis que tout est semblable sauf la composition et le temps de la composition et le temps dans la composition. Tout est semblable sauf la composition et comme la composition est différente et le sera toujours tout n’est pas semblable. Tout n’est pas semblable puisque le temps ou la composition et le temps dans la composition sont différents. La composition est différente, cela est certain.
    Gertrude Stein, La composition comme explication.

    Production : Le T.O.C., Collectif 12 de Mantes la Jolie, la DMDTS via l’aide au compagnonnage. Représentations au Théâtre Koltès de l’université Paris X Nanterre, dans le cadre de la rétrospective du T.O.C. (mars 2010), au Théâtre National de la Colline, Paris, Colloque sur la performance (janvier 2008), au Théâtre Antoine Vitez, Université d’Aix-en-Provence (janvier 2007), au Musée d’Art Contemporain du Val de Marne, Vitry sur Seine (juillet 2006), à Naxos Bobine, Paris (novembre 2005 et décembre 2006), au Concours de l’Institut Nomade, CNSAD, Paris (septembre 2005) et au Festival Jeunes zé jolie, Collectif 12, Mantes la jolie (décembre 2005, l’Espace 40 de La Manufacture, Avignon ).

  • – Les derniers mots d’Hassan I Sabbah… William Burroughs.  Le T.O.C

    – Les derniers mots d’Hassan I Sabbah… William Burroughs. Le T.O.C

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    Extrait de bande son réalisée pour le spectacle « Electrolution révonique » du T.O.C
    Son et enregistrement et mixage: Stéphane Gombert / Voix Matthias Girbig

    Création d’après la Révolution Electronique de William S. Burroughs
    Adaptation le T.O.C. / Mise en scène Mirabelle Rousseau / Dramaturgie Muriel Malguy / Son Stéphane Gombert
    Avec Matthias Girbig, Estelle Lesage, Emilie Paillard, Etienne Parc, Vincent Mourlon, Mahamedou Traoré

    Dans ce texte-manifeste qui se présente comme un manuel de guerilla urbaine, Burroughs propose d’utiliser ses techniques d’écriture pour déconstruire la langue et faire disjoncter la réalité. Les armes sont le brouillage, le détournement, la fuite de l’identité. Les outils sont les hommes, les machines et les mots. Ce texte, paranoïaque et anticipatoire, nous rattrape aujourd’hui : en quoi sommes-nous captifs d’un univers de papier, soumis aux signifiants et à tous les slogans qui tissent autour de nous des discours pré-contraints ? Comment le verbe être nous assigne t-il à un impératif de condition permanente? Que signifient pour nous « effacer le mot », « sortir du temps », « entrer dans l’espace » : les formules-slogans de Burroughs ? Le spectacle est à l’image de l’impasse dans laquelle se trouve Burroughs dans ces années 70, et dont son ‘système’ va devenir l’expression : « si rien n’est vrai, tout est permis », et il est dès lors possible « d’envahir le studio réalité ».

    ER23 a été joué au Théâtre B.M.Koltès de l’Université de ParisX Nanterre, 2003, au Collectif 12 de Mantes la jolie, octobre 2004, au Sputnik 347 de Montreuil, novembre 2004, lors d’une carte blanche au Théâtre de Gennevilliers CDN, septembre 2005, à Mains d’Oeuvres en octobre 2006.

    http://le-toc.blogspot.fr/

    http://matthiasgirbig.jimdo.com/

  • Révolution Electronique William S. burroughs Le T.O.C

    Révolution Electronique William S. burroughs Le T.O.C

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    Extrait de bande son réalisée pour le spectacle “Electrolution révonique” du T.O.C
    Son et enregistrement et mixage: Stéphane Gombert / Voix Emile Paillard

    Création d’après la Révolution Electronique de William S. Burroughs
    Adaptation le T.O.C. / Mise en scène Mirabelle Rousseau / Dramaturgie Muriel Malguy / Son Stéphane Gombert
    Avec Matthias Girbig, Estelle Lesage, Emilie Paillard, Etienne Parc, Vincent Mourlon, Mahamedou Traoré

    Dans ce texte-manifeste qui se présente comme un manuel de guerilla urbaine, Burroughs propose d’utiliser ses techniques d’écriture pour déconstruire la langue et faire disjoncter la réalité. Les armes sont le brouillage, le détournement, la fuite de l’identité. Les outils sont les hommes, les machines et les mots. Ce texte, paranoïaque et anticipatoire, nous rattrape aujourd’hui : en quoi sommes-nous captifs d’un univers de papier, soumis aux signifiants et à tous les slogans qui tissent autour de nous des discours pré-contraints ? Comment le verbe être nous assigne t-il à un impératif de condition permanente? Que signifient pour nous « effacer le mot », « sortir du temps », « entrer dans l’espace » : les formules-slogans de Burroughs ? Le spectacle est à l’image de l’impasse dans laquelle se trouve Burroughs dans ces années 70, et dont son ‘système’ va devenir l’expression : « si rien n’est vrai, tout est permis », et il est dès lors possible « d’envahir le studio réalité ».

    ER23 a été joué au Théâtre B.M.Koltès de l’Université de ParisX Nanterre, 2003, au Collectif 12 de Mantes la jolie, octobre 2004, au Sputnik 347 de Montreuil, novembre 2004, lors d’une carte blanche au Théâtre de Gennevilliers CDN, septembre 2005, à Mains d’Oeuvres en octobre 2006.

    http://le-toc.blogspot.fr/

    http://matthiasgirbig.jimdo.com/